Dory Manor 

Poète ▪ Traducteur ▪ Rédacteur

Bio

Dory Manor est un poète, traducteur et rédacteur littéraire israélien.  

 

À l’âge de 18 ans, il envoie ses premières traductions des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire au supplément littéraire du quotidien Haaretz, qui les publie immédiatement, au fil des semaines. Elles firent forte impression dans les milieux littéraires israéliens. L’anthologie qui s’ensuit connaît un très grand succès : onze réimpressions et une adaptation musicale par l’un des chanteurs israéliens les plus en vue, Maor Cohen.

 

À l’âge de 19 ans, Dory Manor publie ses premiers poèmes. À l’âge de 23 ans, il s’installe à Paris. Il y reste dix ans. Il y noue de nombreux contacts dans le monde littéraire et enseigne à Sciences-Po et à l'INALCO. Avant son retour à Tel-Aviv en 2006, il crée une revue littéraire, Ô !, qu’il dirige toujours. Ô ! publie des prosateurs et des poètes israéliens de premier plan, et œuvre à la découverte de nouveaux talents. Elle occupe une place prépondérante sur la scène littéraire israélienne par sa créativité et son anticonformisme. Fortement ancrée dans le monde contemporain, elle revendique un certain classicisme dans la forme.

 

 

Photo: Greg Bal

En 2007, Dory Manor est lauréat du prix Levy Eshkol de littérature hébraïque ; en 2008, il reçoit le prix Tchernikhovsky décerné à un traducteur d’œuvres classiques et en 2011, le prix du ministère de la culture d’Israël en tant que rédacteur de la revue Ô ! ; en 2015 il est lauréat du prestigieux prix Yehuda Amichaï décerné à un poète hébraïque.

 

Il a été en résidence au Collège international pour la traduction littéraire d’Arles (2003), aux Correspondances de Manosque (2012) et en Iowa dans le cadre des bourses Fulbright (2012). Il enseigne la poésie à l'Université de Tel-Aviv. Son doctorat traite de l'histoire et des problématiques de la traduction poétique entre le français et l'hébreu.

Quelques avis sur l’œuvre de Dory Manor

Dory Manor est le poète hébraïque le plus important de sa génération. L’œuvre de ce poète et traducteur extraordinairement doué combine une virtuosité linguistique et rythmique avec  une expressivité frappante et une profondeur émotionnelle hors du commun.

La poésie de Dory Manor est pour ainsi dire parfaite. Ses créations font penser à ces statuettes qui, bien que de dimension réduite, font l’effet des statues majestueusement installées au centre de certaines places publiques. Leur force rhétorique, leur puissante musique, leur densité et leur profondeur tant psychologique que philosophique leur confèrent un geste ample (…).

Par sa perfection intérieure, par son intégrité morale et esthétique, Dory Manor perce une fenêtre dans la littérature israélienne, laissant pénétrer un esprit neuf dans cette maison aux pièces trop encombrées. (…) Jamais il ne sera plus possible de refermer cette fenêtre. 

Et tout le reste n’est que de l'hébreu » — cela est une bonne manière de définir l'art poétique de Dory Manor, un virtuose qui a peu d'égaux dans l'histoire de la poésie hébraïque. Et pour en trouver un je n'irais pas chercher du côté de Nathan Alterman,  dont la poésie — et le type de virtuosité — ont très peu en commun avec Manor, mais plutôt du côté de la poésie hébraïque de la Renaissance italienne. 

Chana Kronfeld, Université de Californie, Berkeley

Dan Miron, Prix Israël de Littérature, Université de Columbia, New York

Le recueil de poèmes de Dory Manor est un moment clé et, pour ainsi dire, une ligne de partage des eaux dans la trajectoire de la poésie hébraïque, du fait de l’audace du poète à mener une réflexion sur la poésie à partir de son alpha, d’en faire table rase et de revenir (...) à ses fondations : la prosodie, la rime, la technique, la perfection de la forme.

Benny Ziffer, rédacteur en chef du supplément littéraire, Haaretz

Yoram Bronovski, Haaretz

CONTACT

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Anthologie de poèmes

​Ô revue littéraire

Nifla'ata - Anthologie LGBT

Dory Manor a publié quatre recueils de poésie. En 2012 est parue Emtsa habasar (Le milieu de la chair), une anthologie de ses poèmes et de ses traductions poétiques. Cette anthologie a été dirigée par Dan Miron, l’une des principales figures de la critique littéraire hébraïque. Par ailleurs, Dory Manor a écrit un livret d’opéra (en coopération avec la poétesse Anna Herman) produit par l’Opéra de Tel-Aviv en 2001. Il anime des émissions littéraires sur une chaîne de radio nationale. 

 

Dory Manor a fait paraître un grand nombre de traductions d'ouvrages français, classiques et modernes. Parmi les auteurs qu'il a traduit on compte Molière, René Descartes, Voltaire, Gustave Flaubert, Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé, Arthur Rimbaud, Paul Valéry, Guillaume Apollinaire et Jean Genet, ainsi que Françoise Sagan, Marguerite Duras, Jacques Roubaud, François Weyergans, Jacques Réda ou encore Jean Echenoz. De l'anglais il a traduit, entre autres, des ouvrages de William Blake, WH Auden ou encore Allen Ginsberg, et de l'Espagnol il a traduit des poèmes de Federico Garcia Lorca et de Luis Cernuda.

Œuvre 

 Poèmes choisis de Dory Manor

Traduits de l'hébreu par Arnaud Bikard  

 

Minorité (juif)

                                      

Ah! C’est bon d’avoir quitté les Londres, les New York, les Paris,,

Ah ! C’est bon d’avoir quitté l’Europe et tout son resplendissement

Et d’être devenus membres d’un clan de va-nu-pieds que la fièvre pétrit,

Et qui murmure son amour aux sables et aux rochers de Canaan.

Uri Zvi Grinberg

 

O pays peuplé de poètes hétéros !

(Sauf un couard pathétique qui frappe les gamines)

Il y a deux ans que, sans mouchoirs, sans apéros,

J’ai sauvé ma peau en fuyant tes champs de mines.

 

Je rentrai en Europe, non par faim de héros

Poétiques, mais par peur, une peur intestine

J’avais envie d’aimer, de désirer, plus, trop,

Mais je sentais - pourquoi ? - mon cœur cerné d’épines.

 

J’aime à présent. Cyril, est-ce que tu m’entends ?

J’étais l’unique juif parmi les circoncis!

Mon pays, incurable, n’en a plus pour longtemps

 

Mais nous avons Berlin, Paris et Rome! Assis

Aux berges des fleuves de nos spermes généreux,

Nous annulons l'exil (et le reste est - hébreu).